Pour la première fois, la machine ne remplace
plus seulement nos bras. Elle écrit, calcule, diagnostique, crée et décide.
Avec la robotique, elle gagne les bureaux, les usines, les commerces et les
foyers. Aucun emploi ne peut plus se croire définitivement protégé.
Mon emploi peut-il disparaître ? Qui
recueillera la richesse créée par la machine ? Qui financera les retraites, les
soins et la solidarité si le travail ne les finance plus ? L’intelligence
artificielle peut enrichir l’économie tout en appauvrissant la société. Elle
risque de déplacer la valeur du travail vers le capital, d’éroder les salaires
et de fragiliser l’État social.
Ce livre examine le choc à venir. L’enjeu
dépasse désormais l’emploi : il touche la cohésion sociale, le
consentement à l’impôt et la stabilité démocratique. Sans décision politique,
l’abondance technologique risque de concentrer la richesse, d’organiser
l’inutilité et de nourrir la colère.
Le dernier salaire ne désigne pas la disparition de tout emploi.
Il désigne le moment où le salaire cesse d’être l’institution centrale de la
distribution des revenus et du financement des droits sociaux. Ce moment n’est
peut-être plus une fiction.
Cet essai est peut-être le plus important de
ceux que j’ai écrits. Il s’adresse au monde politique, mais il concerne chacun
d’entre nous. Il esquisse un nouveau partage : faire contribuer la valeur
qui se déplace du travail vers le capital, financer la solidarité au-delà du
seul salaire et refonder le pacte social avant que la colère n’en impose un
autre.